Collection passion : les timbres fiscaux

02 janvier 2021

Conte de Noël

En cette deuxième partie de l'année 1944, l'espoir renaît chez nos concitoyens ; Paris est libérée depuis le 25 août 1944 et quelques jours plus tard, le 8 septembre 1944, Besançon retrouve sa liberté.

Au même moment, à Besançon précisément, Jeannine Viret commence à remplir un des cahiers qui lui ont été remis pour la rentrée scolaire 44-45.

Cahier de Jeannine

Le cahier de Commerce de Jeannine

Il faut dire que Jeannine n'est pas peu fière, elle vient en effet de rentrer en classe de première  " Commerce " au collège moderne et technique pour filles du 12 rue d'Alsace de sa bonne ville.

Alors, sur son premier cahier comme sur les autres, elle sait qu'elle va devoir pas à pas travailler sans relâche pour réussir l'objectif qu'elle s'est fixé : devenir secrétaire commerciale et, dès la fin de la guerre, diplôme en poche, intégrer une bonne maison de commerce où elle pourra débuter une prometteuse carrière.

Un instant, mais un instant seulement, Jeannine pense que les cahiers qu'elle a reçus ne sont peut-être pas les plus beaux des cahiers, de ceux qu'on choisirait pour écrire ses mémoires ou son journal intime. Qu'importe !

Ce cahier d'exercices destiné à mettre en application pratique les connaissances théoriques acquises au fil du temps, elle va désormais le remplir progressivement en y mettant toute son ardeur, tout son cœur.

Alors, c'est parti.

La page de garde est faite, ce n'est pas le plus difficile :

Page de garde

Il faut maintenant écrire le programme. Là encore ce n'est pas trop compliqué, il suffit de recopier le livre de cours :

Sommaire

C'est alors que surgissent les premières interrogations, les premiers doutes.

" Je ne comprends pas, je ne saurai pas... je n'y arriverai pas " songe-t-elle un bref moment.

Quelques jours passent. Jeannine a rempli deux nouvelles pages : un bon de commande et un courrier.

Voici maintenant que la tâche se complique car elle va devoir réaliser et compléter une facture.

Méticuleusement, les lignes s'alignent progressivement : l'entête, les références bancaires et postales, la date, l'adresse du débiteur puis le corps de la facture en effectuant à chaque fois le bon calcul.

Le compte est bon. Total général de la facture : 2 439,10 francs.

Reste un détail : apposer le timbre de quittances sur cette facture payable au comptant et l'acquitter ce qui permettra de justifier que le règlement a bien été réalisé.

Mais Jeannine n'a pas sous la main le timbre qui lui faut. Ah ! Si elle avait été inscrite auprès de la prestigieuse école Pigier, elle aurait eu de beaux spécimens comme ceux-ci à coller dans son cahier :

307_001

Timbres fictifs de l'école PIGIER vers 1943-44

Sans titre 2

Mais ce n'est pas le cas. Dès lors, comment faire ?

Il n'y a plus qu'une solution : ce timbre, il faut le dessiner.

C'est ainsi qu'apparaît alors en bas de cette facture un simili-timbre sommairement crayonné :

Facture acquittée octobre 1944

Le voici en détail :

Facture acquittée octobre 1944 timbre

Un semblant d'effigie à gauche, aucune mention ni des termes " TIMBRE FISCAL " ni du montant de la faciale. Pour le reste, le timbre est correctement annulé à la date du 10 octobre 1944.

Alors quel montant aurait-il fallu faire figurer sur ce timbre ? Jeannine avait la réponse, la voici sur sa facture :

Facture acquittée octobre 1944 1

Montant de la quotité : 3 francs pour reçu de sommes comprises entre 1 000 et 10 000 F. (loi du 24 octobre 1942 applicable à compter du 1er mars 1943)

Nous voici à présent trois pages plus loin dans le cahier de Jeannine. Au menu du jour, enregistrement d'un bordereau de versement bancaire et établissement du reçu correspondant.

Recu

Cette fois-ci, plus question de dessin pour matérialiser le timbre fiscal mais une maquette de fabrication " maison " :

Recu timbre

Voilà qui ressemble davantage à la réalité : mention " TIMBRE FISCAL " et montant de la faciale. Quant au médaillon, il a été réalisé à partir de l'avers d'une pièce à 50 centimes au type " Morlon " à l'effigie de la République mis en circulation en 1931 et repris en 1944 après la courte parenthèse du type " Francisque " de Bazor en 1941-42.

Morlon revers

Revers du type " République " de Morlon

Morlon avers

Avers du type " République " de Morlon

Pour la réalisation du médaillon, je repense soudainement à mon grand-père qui, alors qu'il se montrait assez austère en général, allez savoir pourquoi ce jour-là, s'était transformé pour quelques minutes en magicien pour égayer un après-midi monotone et avait soudainement fait apparaître par frottage le relief de la pièce de monnaie qu'il venait de sortir de sa poche.

Pour ceux qui ne connaissent pas le truc, c'est par ici : Naître et grandir.

Après avoir frotté délicatement l'effigie de la République avec son crayon de bois, Jeannine n'avait plus désormais qu'à la découper soigneusement et à la coller sur le rectangle qu'elle avait préparé au préalable pour obtenir au final un timbre fiscal " de bon aloi " comme disait avec malice notre regretté Maître Capello

L'ensemble est presque parfait, ne serait-ce la quotité à 1 F. qui n'est pas la bonne en l'espèce, car c'est 3 F. qu'il aurait (qu'il eût) fallu [Décidément le bon Maître me poursuit ce jour dirait-on ! ] faire figurer ici (tarif du 24 octobre 1942 mentionné ci-dessus).

Sans titre 2

En ce soir de Noël 1944, Jeannine est seule dans sa chambre. Elle prend son cahier, le relit, le contemple.

Comment peut-elle imaginer à cet instant précis que, comme elle, quelque part, d’autres jeunes filles écrivent elles-aussi un cahier ?

Comment pourrait-elle savoir qu'à Amsterdam, il y a quelques semaines tout au plus,  Annelies Marie Frank plus connue sous le nom d'Anne Frank, relatait sa vie quotidienne dans son journal intime et qu'elle allait bientôt disparaître engloutie par la barbarie nazie ? 

Sans titre 2

Jeannine tient à son cahier plus que tout.

Tous les cahiers de jeunesse ont de la valeur, elle le sait.

Mais nous, qui avons tout ou presque, le savons-nous ? D'ailleurs combien parmi nous ont conservé leurs cahiers d'enfance ? Combien de nos cahiers d'école sont-ils parvenus jusqu'à nous ?

Ainsi va la vie : on n'a plus de cahier quand on est adulte ; on les a jetés dans la fosse du temps. Ils contenaient trop de bonshommes aux attributs marqués et vraisemblablement des fautes d'ortografe à profusion. Bref, rien qu'on ne voudrait montrer lorsqu'on est grand.

Sans titre 2

Mais voilà, tout ça n'a au final pas d'importance et Jeannine s'endort paisiblement dans la nuit du 24 au 25 décembre 1944. Elle pense alors à celui auquel tous les enfants pensent ce soir-là et, secrètement, elle espère qu'il lui apportera une orange mais aussi et surtout, parce qu'elle n'est plus une enfant désormais, elle forme les voeux que l'année qui va venir conduira à la victoire de sa Patrie et à sa pleine réussite dans les études.

Fin

Histoire purement imaginaire créée de toutes pièces par l'auteur à partir d'un cahier authentique réalisé en 1944-45 par mademoiselle Jeannine VIRET à Besançon.

PS : ce cahier m'a été adressé il y a peu par Laurent, mon ami bisontin. Un conte de Noël en quelque sorte. Qu'il en soit chaleureusement remercié.

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08 décembre 2020

Les perçages locaux sur timbres de Copies (Partie 2)

Intéressons-nous aujourd'hui aux fiscaux de Copies avec perçages locaux sur les timbres au type " Monnaie syracusaine " d'Oudiné. Pour ce type, H. Fradois ne relevait que les bureaux de Besançon ayant percés localement ces timbres de Copies.

C'est parfaitement exact, en voici d'ailleurs un exemplaire sur document :

Besançon

Je connais d'autres exemplaires de provenances diverses avec perçages locaux, mais leur identification est difficile voire impossible car dans certains cas la griffe d'annulation est illisible, étant soit mal marquée :

S et L526

soit presque impossible à lire à cause du fond très foncé des timbres :

S et L524

Lecture très difficile sur cette paire, au final bureau 275 (Besançon)

Par ailleurs, lors de ses recherches, le philatéliste peut aisément se laisser abuser par les premiers perçages officiels car ceux-ci étaient de mauvaise qualité :

S et L529

Premier perçage officiel à la dentelure défectueuse

Ces perçages officiels ne doivent pas être confondus avec des perçages locaux.

Finalement, après une étaude attentive de mes albums, je ne suis pas en mesure de faire progresser la nomenclature d'Henry Fradois pour les timbres de Copies au type " Méduse " ; tout au plus ai-je pu nous gratifier de deux illustrations.

Nous nous contenterons de cela pour aujourd'hui en concluant : " Et ce n'est déjà pas si mal ! "

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Vente sur offres STRAPHIL n° 119

Un certain nombre de fiscaux dans la VSO en cours de la maison STRAPHIL de Strasbourg avec notamment des effets de commerce sur document mais aussi de " bons " timbres à la pièce.

couverture catalogue VO 119

Peut-être une idée cadeau pour Noël, qui sait ?

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17 novembre 2020

Les perçages locaux sur timbres de copies (Partie 1)

Henry Fradois, nous en avons déjà parlé sur ce site, a publié un certain nombre d'études sur diverses catégories de timbres fiscaux.

Dans la partie consacrée aux timbres de copies, il avait repéré divers timbres au type " Chiffres d'Oudiné " percés en lignes ou en points à savoir :

  • 50 c. : Saint-Dié (bureau 1996)
  • 50 c. : Besançon, actes d'huissiers (bureau 275)
  • 1 Fr. : Besançon, actes d'huissiers (bureau 275)
  • 1 Fr. : Vimoutiers (bureau 2492)
  • 5 Fr. : Vimoutiers (bureau 2492)

et ajoutait-il, " pour toutes les valeurs, 10 Fr. y compris, divers bureaux de la région parisienne difficilement identifiables, mais cependant reconnaissables à l'annulation elliptique ornée spéciale à ces bureaux ".

Je suis malheureusement dans l'impossibilité de vous proposer une illustration pour chacun des cas de figure qu'Henry Fradois relevait, sachant à l'évidence qu'à l'impossible nul n'est tenu.

C'est vrai. Mais pour ne pas rester fanny, permettez-moi toutefois de vous présenter un perçage en lignes de Besançon sur une valeur non signalée :

Copies 275 Besançon Actes d'huissiers

Besançon, actes d'huissiers (Bureau 275)

ainsi qu'un exemplaire de la faciale à 10 Fr. annulé en région parisienne présentant également un perçage en lignes :

Copies non identifiable

Et si je suis dans l'incapacité de vous proposer une illustration des autres bureaux cités par H. Fradois, c'est pour une raison fort simple : tous ces timbres dentelés localement sont rares détachés et a fortiori encore plus rares sur documents. Georges Chalmandrier, ancien directeur de l'Atelier du timbre ne possédait qu'un exemplaire au type " Chiffres d'Oudiné " de cette nature dans sa collection, le voici :

Copies Chalmandrier

Perçage en points annulé en région parisienne

à l'origine non identifiée

Complétons maintenant cette nomenclature avec le piquage en points de Bellay :

Copies 260 Belley (Ain)

Piquage en points de Bellay (bureau 260)

ce perçage en lignes de Gérardmer :

Copies 924 Gerardmer (Vosges)

Perçage en lignes de Gérardmer (bureau 924)

ce piquage en points de Orgères-en-Beauce dans une aimable bande de 4 de la quotité à 1 F et 2/10 :

Copies 1611 Orgères en Beauce

Piquage en points de Orgères-en-Beauce (bureau 1611)

ce perçage en lignes de Paris :

Copies 1661 Paris Cour de cassation

Perçage en lignes de Paris, Cour de cassation (bureau 1661)

suivi de ce perçage en points de Soissons :

Copies 2247 Soissons AJ

Piquage en points de Soissons AJ (bureau 2247)

et d'un autre piquage en points de Paris :

Copies 3010 Paris 19 eme bureau huissiers et locations

Piquage en points de Paris 19ème bureau

huissiers et locations (bureau 3010)

et enfin d'un piquage en points non identifiable sur la quotité à 10 F et 2/10 :

Copies non identifiable 1

H. Fradois notait opportunément dans son étude que : " Il serait intéressant de rechercher si les mêmes bureaux ont utilisé des timbres de dimension proprement dits présentant ces dentelures ; dans l'affirmative, ces séparations auraient été faites par le service de l'Enregistrement lui-même, et, dans la négative par les usagers (huissiers et avoués) après l'achat de feuille entière de ces vignettes ".

J'ai suivi ces conseils et ai fait cette recherche ardue ; son résultat s'avère peu fructueux. Toutefois, je peux apporter une réponse pour le perçage de Soissons :

Copies 2247 Soissons AJ

Piquage en points de Soissons AJ (bureau 2247)

car voici le même perçage sur un timbre de dimension :

Piquage 2246 Soissons AC

Piquage en points de Soissons AC (bureau 2246)

Conclusion : dans le cas de Soissons, nous pouvons affirmer que les séparations ont été faites au niveau des bureaux de l'Enregistrement et non par les huissiers ou avoués utilisateurs de ces timbres.

(A suivre)

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10 novembre 2020

Ne négligez pas les fiscaux modernes !

Dans sa préface au catalogue Yvert et Tellier des timbres fiscaux et socio-postaux de France de l'édition de 1990, l'expert Jean-François Brun conseillait ainsi les amateurs intéressés par la collection des fiscaux : " Rappelez-vous cependant que les fiscaux rares sont, en général, ceux parus après la première guerre mondiale et il est vraisemblable que parmi ceux émis depuis la seconde, il y ait de nombreuses raretés. C'est le moment de les rechercher. Vous avez entre les mains ce qui vous est indispensable pour cela. "

Pour le grand public en général, dans le domaine de la collection, plus c'est ancien et plus cela a de la valeur.

Il y a peu encore, un brocanteur m'indiquait avoir récupéré un certain nombre de fiscaux susceptibles de m'intéresser et notre marchand de me préciser à moult reprises : " Ils sont anciens, certains sont même très vieux ! " espérant à n'en point douter me mettre l'eau à la bouche.

Or, comme le précise à juste titre Jean-François Brun, ce n'est pas dans les timbres fiscaux anciens qu'on a le plus de chance de rencontrer des raretés (même si évidemment de nombreuses pièces rares jalonnent cette période) mais plutôt dans la période moderne qu'on néglige trop souvent.

Dans cette période, un nombre important de fiscaux avaient des destinations spécifiques (connaissements ou papiers publics par exemple) et ne furent utilisés que pour une courte durée à cause de l'inflation qui a entraîné une succession de tarifs parfois éphémères.

Un exemple pour illustrer mon propos, cette feuille d'album avec les derniers timbres de Groupage. Cette feuille est pratiquement impossible à réaliser car tous les timbres qui y sont réunis sont rares.

Groupage 1976-1979

Une page d'exception à l'évidence, car les timbres mobiles de groupage n'étaient pratiquement plus utilisés dans les années 70 et que par ailleurs les tarifs changeaient presque tous les ans. Deux facteurs évident de rareté, vous en conviendrez.

Pour enfoncer le clou concernant les timbres de groupage, on ne sait toujours pas si d'autres timbres ont été émis après la série de 1979 ; c'est vous dire !

Moralité, ne négligez pas les fiscaux modernes.

Posté par cigulphe à 15:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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