Il arrive qu'on me signale des erreurs dans mes conversions entre les francs et les euros comme par exemple dans mon article sur les Licences IV.

Je remercie systématiquement les lecteurs ayant pris le temps de m'écrire, mais je me dois de leur dire qu'il n'y a pas d'erreur dans mes conversions, voici pourquoi :

La plupart du temps, lorsqu'il faut convertir des francs en euros, les gens se contentent de diviser le montant en francs par 6,56 sur la base d'un € = 6,56 F. Ils obtiennent alors un montant en valeur nominale (ou en euros courants), c'est-à-dire au moment du passage à l'euro en 2002. (C'est presque systématiquement ce que font, à tort, les journalistes, combien de fois l'ai-je constaté notamment dans les documentaires télévisés. Il n'y a pas qu'eux qui se trompent et qui nous trompent en même temps, prenons l'exemple de la rançon demandée par MESRINE suite à l'enlèvement d'Henri LELIEVRE en 1979 : 6 000 000 de francs soit 914 694 € nous dit-on avec la précision d'un coucou suisse sur ce site, non 6 000 000 de francs de 1979 équivalent en réalité à près de 3 000 000 d'euros de 2018)

Vous l'avez compris instinctivement, depuis 2002 l'inflation est passée par là, les prix ont augmenté... mais fort heureusement pour nous, les salaires et autres revenus également.

Pour que la conversion soit pertinente, il faut tenir compte de l'inflation. Pour cela, il est nécessaire d'utiliser le convertisseur de l'INSEE, consultable ici.

Prenons un exemple.

J'ai remis la main sur une de mes anciennes fiches de paie, lorsque j'étais Agent contractuel d'enseignement (cad prof d'économie non titulaire), voici celle de mai 1999 :

114380

 

Salaire pour ce mois de mai 1999 : 8 502,72 francs, soit sur la base du taux de conversion indiqué en bas de ce bulletin (6,55957 F.) = 1 296,23 €. Il s'agit ici du montant en valeur nominale (ou en euros courants). Notez que ce montant, si on le retenait, serait à peine supérieur au SMIC 2019, dont le montant mensuel est de 1 202,92 € net. (Je doute, soit dit en passant, que l'Administration parvienne à trouver des enseignants en les payant au SMIC)

En fait, si on veut connaître réeellement ce à quoi correspondent 8 502,72 francs de 1999 en euros de 2018, il faut utiliser le convertisseur de l'INSEE. Voici le résultat :

8500

8 502,72 francs de 1999 correspondent en réalité à environ 1 700 € d'aujourd'hui.

Prenons un autre exemple : celui du prix de la baguette de pain.

Interrogez vos amis sur le prix de la baguette de pain en francs avant le passage à l'euro. Il y a fort à parier qu'ils vous répondront : " Avant c'était un franc, aujourd'hui c'est un euro ". C'est à peu de chose près ce que nous dit cette brave dame à la quarante-huitième seconde de ce reportage :

Baguette

C'est ainsi, les gens vous répondent n'importe quoi en toute bonne foi, ils seraient d'ailleurs prêts pour la plupart à le jurer sur leur tête. Pourquoi ? Les raisons sont diverses, disons pour faire simple que la mémoire est souvent fragile. Par ailleurs, nombreux sont ceux qui tombent dans le travers psychologique du " C'était mieux avant " (Sous-entendu quand on était jeune !)

Au fait chère madame, 6 francs en 2018 cela ne ferait au final que 0,91 € (en divisant 6 par 6,56) soit le prix moyen de la baguette de pain aujourd'hui. Bref, pas de quoi fouetter un chat !

En réalité en 2001, le prix de la baguette de pain de 250 grammes variait de 4 à 4,30 €.

Utilisons à nouveau le convertisseur de l'INSEE :

8500

4,30 francs de 2001 correspondent à 0,83 € de 2018. On constate donc que le prix de la baguette en valeur réelle n'a pratiquement pas changé.

Sans titre 2

 

Remarque : le prix de la baguette à 1 franc correspond au prix dans les années 1970, soit il y a près de 50 ans !

 

Elargissons maintenant, si vous le voulez bien, notre propos à la philatélie fiscale.

Voici deux timbres à la faciale de 100 francs :

168a

168

Ces deux timbres sont en apparence les mêmes. Les plus observateurs d'entre vous auront cependant noté que le premier des deux correspond au n° 168a du catalogue (avec de surcroît la variété brisures du médaillon propre aux timbres de la SFU au type D.A. II, cf. Yvert et Tellier des fiscaux 2016 p. 138) et le second au n° 168.

Passons sur ces détails, car cela n'aura aucune importance pour la suite de notre raisonnement.

Ces deux timbres ont la même faciale, la même valeur nominale : 100 francs. Si je convertis ces 100 francs en euros sur la base d'un euro = 6,56 francs, je vais donc trouver la valeur de 15,24 €.

Or, ces deux timbres n'ont pas été imprimés à la même époque. Le premier porte un filigrane AT 39 (date d'impression 1939 ou après) tandis que le second porte un filigrane AT 57 (le timbre a donc été imprimé en 1957 ou après)

De nouveau, ayons recours au convertisseur de l'INSEE, ce qui nous donne :

8500

100 francs de 1939 correspondent donc à environ 49 € de 2018.

8500

100 francs de 1957 correspondent donc à environ 2 € de 2018.

Conclusion : même faciale, mais un pouvoir d'achat totalement différent, dans tous les cas sans aucun rapport avec les 15,24 € calculés plus haut.

Pour finir, je crois me souvenir avoir évoqué il y a un certain nombre d'années les plus hautes valeurs de la philatélie fiscale.

Rafraîchissons-nous la mémoire.

En valeur nominale, c'est-à-dire en prenant le montant indiqué sur le timbre, la plus haute valeur des fiscaux de France (la plus haute faciale des postaux étant ??? , je laisse le soin à nos lecteurs de me le dire) est celle du timbre automobile n° 114 (qui taxait les cartes grises) soit 39 600 francs en 1958  :

114379

39 600 francs de 1958 soit 711 € de 2018 (et non pas 39 600 / 6,56 ce qui donnerait 6 036 € ; on sait l'Administration fiscale vorace mais tout de même pas à ce point là !)

En valeur réelle, c'est cette fois-ci, le taxe de luxe n° 34 de 1918 au montant exorbitant de 5 000 francs :

AT350003

5 000 francs de 1918 soit 8 731 € de 2018, une paille !